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18/07/2017

Métaphysique du héron

Voilà, les nouvelles publiées ici, et d'autres, ont été réunies sous la forme d'un recueil qui peut être commandé sur le site dont le lien va suivre:  https://www.amazon.fr/dp/B073ZGSM3F/ref=sr_1_1?ie=UTF8&am...

C'est une petite édition, dans le sens où le tirage n'est pas très important, mais c'est un projet qui me tenait à cœur et qui a vu le jour grâce à un éditeur que je remercie de nouveau ici, Jean-Pierre Santini.

La couverture est de Denis Ettori, la préface et la quatrième de couverture de Laurent Cachard. Merci à eux pour leur aide.

Avis aux amateurs ! :-)

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26/02/2017

Pas de chrysanthèmes pour Gisèle

chrysanthemes-11.jpgSa décision était prise, il ne passerait pas une journée de plus avec Gisèle. Il ne pouvait rester davantage auprès de cette femme. Il l'avait supportée bien trop longtemps. Demain, 1er novembre, ils se quitteraient définitivement.

C'est en rentrant de son travail d'agent d'entretien que Lucien Bogilka, 50 ans, en était arrivé à ces conclusions.

Cela faisait 29 ans qu'il vivait avec Gisèle, la "souriante, avenante, dévouée et énergique" Gisèle, comme se plaisait à la décrire son entourage, Gisèle qu'il avait timidement courtisée, lui, le gosse sans attaches. C'était dans l'une de ses familles d'accueil, la dernière, celle de Mme Jeannine, que Lucien l'avait connue. Elle n'était pas méchante Mme Jeannine, juste un peu regardante à la dépense. Il faut dire qu'il y avait plusieurs enfants à nourrir. Gisèle était l'aînée de quatre. Blonde, le sourire gourmand, des seins ronds et laiteux, c'est par une après-midi d'automne que Lucien l'avait déflorée, il s'en souvenait bien. Il l'avait aimée, Gisèle, au point de vouloir l'épouser quelques temps plus tard.

A force de petits boulots, le couple avait fini par décrocher, lui, un poste d'agent d'entretien chez Manufrance, elle, d'auxiliaire de vie auprès de personnes âgées.

Grâce à leurs revenus modestes, Lucien et Gisèle avaient pu bénéficier d'un HLM, ils s'y installèrent et eurent deux enfants. 

Près de Gisèle, la vie de Lucien ne fut pas facile. Elle avait l’œil et la main sur tout, en particulier sur l'argent du ménage. Dès que Lucien touchait sa paye, elle s'empressait d'aller la déposer à la banque, sur leur Plan d’Épargne Logement. Pour ses menus besoins, elle lui donnait de l'argent de poche.

Au bout de vingt années de privations, l'avarice de Gisèle leur permit de devenir les propriétaires d'un petit pavillon, non loin de la Durance, sans faire le moindre emprunt. La vie qui était déjà difficile, devint alors impossible. Gisèle refusait de relâcher sa vigilance en matière de dépense. Aucun centime n'était déboursé sans qu'elle ne donne son accord.

Tant que les enfants étaient à la maison, Lucien avait au moins l'affection de ces derniers. Ce n'était pas un mauvais père, il aimait sincèrement ses petits, et ceux-ci le lui rendaient bien. Mais Gisèle avait pris soin de les mettre très tôt en apprentissage, aussi, ne restèrent-ils pas longtemps à la charge de leurs parents. Deux bouches à nourrir de moins, c’était toujours ça d'économisé sur l'argent du ménage.

Les années continuèrent de passer, tristement, sinistrement, laminant Lucien chaque jour davantage. Sa seule distraction était la lecture des magazines Détective, auquel un collègue était abonné, et dont Lucien finissait par hériter. Enfermé pendant des heures dans les cabinets, Lucien rêvait meurtre, assassinat, strangulation. Il imaginait Gisèle se vider de son sang, telle une truie qu'on aurait saignée. Il l'imaginait blafarde, les yeux révulsés, flottant dans la baignoire, où il l'aurait noyée. Il l'imaginait bleuâtre, la langue enflée, les yeux exorbités, après l'avoir étranglée. Il la rêvait morte, et cela lui procurait un plaisir charnel.

Mais il n'avait jamais eu le courage. A un moment, il avait songé au divorce, mais il aurait fallu vendre la maison et ni lui, ni Gisèle, n'auraient pu le supporter. Passer à l'acte, la tuer, et se supprimer par la suite, devint finalement la seule option envisageable.

En discutant avec des collègues, Gisèle avait compris que consulter ses comptes en ligne, constituerait une avancée conséquente dans ses désirs d'économie, et sa gestion du ménage. Aussi, fit-elle l'acquisition d'un ordinateur et d'une connexion internet. Lucien décida de s'y intéresser, afin de faire avancer ses projets morbides. Il avait lu dans Détective qu'il était possible de commander une arme à feu en toute discrétion. Ce qu'il fit. Quand il l'aurait utilisée contre Gisèle, il la retournerait contre lui. Il lui semblait possible de faire ça proprement. Il se mit en quête du joujou parfait, et après l'avoir trouvé, le commanda avec la carte de crédit d'un de ses enfants, profitant de l'agitation d'un déjeuner familial, prenant bien soin de se faire livrer dans un bureau de poste. 

Le premier matin de novembre, Lucien choisit de passer à l'acte. Le ciel était bleu et serein, la journée promettait d'être superbe. Il sortit tôt, bien avant le réveil de Gisèle, pour essayer l'arme. Il se rendit dans un coin tranquille, près des bords de la Durance. Il avait emporté quelques boîtes de conserve pour s'exercer. Avant de connaître sa femme, il allait souvent à la fête foraine, et aimait dépenser ses deniers au stand de tir. Pas maladroit, il n'avait pas dû perdre la main. Il disposa les boîtes sur un talus, et enclencha le chargeur. Il arma, visa une boîte, puis tira. Une détonation se fit entendre, des oiseaux prirent leur envol, mais pas une ne fut touchée. Surpris, il renouvela l'opération. Le coup partit, mais les cibles ne furent pas atteintes. Était-il possible qu'il soit devenu si peu habile ? Fou de rage, complètement découragé, il voulut retourner l'arme contre lui. A quoi bon tuer Gisèle ? Autant en finir tout de suite. Les enfants auraient de la peine peut-être, mais au fond, qui le regretterait ? Il n'avait pas d'amis. Il pressa le canon contre sa tempe, prit une grande inspiration, puis appuya sur la gâchette. Une détonation assourdissante le fit chanceler, il vacilla, puis s'effondra. Sonné. Mais vivant. L'arme était chargée à blanc.

Assis au milieu de la clairière, Lucien se mit à pleurer. Il pleura sur toutes ces années passées près de Gisèle, sur cette vie de misère, sur tout le bonheur auquel il n'avait pas eu droit. Sur tout ce temps perdu. Puis la faim le prit, et il se rendit compte qu'il était midi. Gisèle n'aimait pas qu'il soit en retard. Ils déjeunèrent en silence, comme bien souvent, puis son épouse alla s'étendre sur le canapé du salon, pour regarder le journal télévisé de Jean-Pierre Pernaut. Lucien sortit de la maison, il avait l'impression d'étouffer. Dehors, le froid était sec et vif. Il respira profondément. Ne sachant où aller, il se dirigea vers la remise. Là, gisait la masse qu'il avait utilisée la veille pour consolider la clôture. Il la saisit, dans un geste rageur, et regagna la maison. Gisèle était toujours allongée sur le canapé, et lui tournait le dos. Dans le miroir, il vit qu'elle souriait, elle semblait détendue. Absorbée par le reportage qui était diffusé, elle ne le vit pas rentrer. La masse s'abattit sur son crane. Il entendit un bruits d'os brisés. Des spasmes la secouèrent. Il frappa de nouveau. Il vit alors le visage de sa femme se disloquer et disparaître dans un amas de chairs ensanglantées. Adieu Gisèle. Ce n'était pas très beau à voir. Il alla chercher le manteau de son épouse et l'en recouvrit, tel un linceul. Il éteint la télé, puis s'assit dans le salon désormais silencieux.

Qu'allait-il faire, à présent ? Se dénoncer ? L'idée de passer le reste de sa vie en prison ne le tentait guère. Prendre la fuite ? Mais où ? Comment ? De quoi vivrait-il ? Se supprimer comme il l'avait décidé au départ ? C'était la seule solution. Mais rien ne pressait après tout. Personne n'était au courant du crime, il pouvait prendre un peu de bon temps. Pour cela, il avait besoin d'argent. Il fouilla dans le sac de Gisèle et ouvrit son portefeuilles. Il y avait un billet de 20 euros et une carte bancaire. Il fallait encore avoir le code de celle-ci. Heureusement, Gisèle était une femme ordonnée, les papiers importants étaient rangés dans un petit meuble qu'elle fermait à clé. Elle portait toujours cette dernière sur elle, Lucien la trouva aisément. Il en fut de même pour le code de la carte de crédit. A Lucien la grande vie !

Vendredi 1er novembre. Où aller ? Tout était fermé, hormis le café du centre commercial non loin de chez lui. Lucien décida de s'y rendre, retira 200 euros (une somme !) au distributeur qui se trouvait à côté du bar, bien décidé à se "saouler la gueule". Au comptoir, était accoudé Joseph, un camarade de travail, désœuvré lui aussi. Lucien le rejoignit. Il commanda une pression et en offrit une à Joseph. Celui-ci, étonné, accepta avec plaisir. "A ta santé, Gisèle !" L'après-midi se passa ainsi, joyeusement. Pour la première fois, le temps semblait faire une pause. Personne n'attendait Lucien chez lui, la vie était belle. Il n'avait plus envie de mourir.

Mais le soir survint. Joseph dut rentrer, et Lucien fit de même. Sur le canapé, le corps de Gisèle était froid. Le sang, qui avait coulé sur le tapis, commençait à coaguler. Lucien fut pris de nausées. Combien se passerait-il de temps avant que son crime ne soit découvert ? Sa fille aînée avait l'habitude d'appeler ses parents le dimanche soir. Il pourrait répondre et dire que sa femme était sous la douche, mais sa fille demanderait à ce que sa mère la rappelle. Et puis demain matin, Gisèle ne serait pas présente à son travail, on s'inquiéterait, téléphonerait, viendrait la chercher à son domicile, peut-être. Et Lucien pensa de nouveau à la prison. Il se rendit dans la remise, s'empara d'une corde, et y fit un nœud coulant. Puis il l'enroula autour d'une poutre, et alla chercher un escabeau. Malheureusement, ses nausées n'étaient pas parvenues à le dégriser et, encore saoul, il ne réussit pas à se hisser en haut des marches. Trébuchant, il s'écroula lamentablement.

Il regagna son salon, composa le numéro de sa fille aînée, et lui avoua son crime en pleurant.

Lorsque les gendarmes vinrent l'arrêter, il n'opposa aucune résistance.

22:35 Publié dans Nouvelle | Lien permanent | Commentaires (0)

24/10/2015

Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras

 Bien chère amie,

 Tes lettres sont arrivées, et nous sommes heureuses de lire que tu vas bien. Nous avons tardé à te répondre, excuse-nous. Le déménagement, notre nouvelle vie au Colorado, tout cela nous a laissé peu de temps pour écrire à nos amis restés au pays. Mais maintenant, nous sommes bien installées.

 Papa a trouvé un emploi de gardien dans un très bel hôtel, situé au cœur des montagnes Rocheuses, l’hôtel Overlook. C’est immense ! Il y a des dizaines de chambres sur plusieurs étages, des salons gigantesques, et même une salle de bal. En 1920, a eu lieu une très grande réception qui a réuni toutes les personnalités du Colorado. On peut voir une photo de cet événement dans le hall.

 Nous nous amusons bien ici. Nous faisons d’interminables parties de cache-cache dans les nombreuses pièces. Les endroits où nous pouvons nous dissimuler ne manquent pas. Nous passons des heures à nous chercher. Nous aimons particulièrement la chambre 237, elle a une salle de bain incroyable ! Lorsque Maman prend part à nos jeux, elle se cache dans la baignoire.

Dans le jardin, se dissimule même un labyrinthe ! Mais il est très difficile d’y retrouver son chemin, aussi, nous n’y jouons pas très souvent.

 L’hôtel est fermé depuis un mois déjà, c’est presque l’hiver. Papa n’a pas beaucoup de travail, il suffit juste que l’hôtel soit occupé pendant la saison froide. Si quelque chose se détériore, Papa sera là pour faire les réparations nécessaires. Il possède vraiment toutes sortes d’outils, mais nous n’avons pas le droit d’y toucher. Avant que la neige ne tombe, il s’occupe en coupant du bois, il faut en faire de très grandes provisions pour alimenter la gigantesque cheminée. Nous entendons ses coups de hache, alors que nous te répondons. Hormis cela, il écrit depuis peu. Il dit qu’il est très inspiré par l'endroit et qu'il en fera un roman. Peut-être raconte-t-il l'histoire de ses petites filles qui se ressemblent tant ?

Maman tâche de s’occuper, aussi. Elle ne se plaît pas beaucoup à l’hôtel Overlook. Maintenant que tous les touristes sont partis, et qu’il y a moins de lumière dehors, elle le trouve lugubre, effrayant. Alors, elle s'active beaucoup pour se changer les idées. Dans la cuisine, une chambre froide est remplie de provisions, nous ne manquerons de rien pendant l’hiver. Maman nous confectionne toutes sortes de petits plats savoureux. Nous sommes si gourmandes, toutes les deux !

Les coups de hache ont cessé, nous allons devoir te quitter, c’est sans doute l’heure de dîner, et Papa va nous appeler. Nous ne voulons pas le faire attendre, sinon, il devient nerveux. Hier, déjà, pour des broutilles, il nous a sévèrement corrigées.

 Nous allons essayer de te faire parvenir cette lettre au plus vite, c’est vraiment l’hiver maintenant, les premiers flocons font leur apparition, et l'hôtel se retrouve complètement isolé lorsqu'il est sous la neige. Écris-nous dès que tu auras notre lettre, c’est toujours une joie d’avoir des nouvelles de nos amis restés dans le pays de notre maman. Nous espérons y revenir, dès le retour de la belle saison. Nous regrettons notre maison, notre école, mais Papa n'avait pas de travail, alors, pour le moment, il faut nous contenter de vivre dans cet hôtel. Tu sais comment l'on dit: Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras.

A bientôt chère amie, nous t’embrassons affectueusement.

 Bien à toi.

 Lucy et Mary Grady.

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17/09/2015

Le monstre qui vivait sous mon lit.

Au hasard d'une image, d'une photo, des souvenirs resurgissent. Ce fut mon cas, récemment, en découvrant la photo d'une petite fille apeurée, serrant fort son ours en peluche contre elle. Sous son lit, un monstre était caché. Je me suis alors souvenue de celui qui vécut sous le mien, pendant plusieurs années.

 Entre 1981 et 1988, j'ai habité avec mes parents dans un très beau, très grand et très vieil appartement.

La porte d'entrée s'ouvrait sur un long couloir, carrelé de marbre, dans lequel je pouvais faire du patin à roulettes et même du vélo. Ce couloir se terminait par une voûte et débouchait sur un petit salon, suivi d'un salon aux dimensions vertigineuses. C'était immense. J'étais minuscule. Et seule. Pas de frère, ni de sœur, pour égayer cet endroit effrayant.

Le corridor donnait aussi accès à plusieurs chambres, dont la mienne, trop grande, comme toutes les autres.

La pièce que j'occupais, avait trois entrées, le lit trônait au centre. Lorsque j'y étais couchée, je ne pouvais surveiller toutes les portes à la fois, en particulier celle qui était dans mon dos et qui s'ouvrait sur le couloir. Le danger était partout. Sous mon lit, d'abord.

N'entendais-je pas, chaque soir, lorsque je me retrouvais dans l'obscurité, des bruits étranges et effrayants ? N'apercevais-je pas des ombres menaçantes ? Il y avait ce placard, dont la porte fermait mal, et aussi cette lourde armoire dans le fond. Que cachaient-ils ?

Je n'ai jamais su si les monstres qui vivaient dans ma chambre me voulaient véritablement du mal, ils ne sont jamais vraiment manifestés. Mais je sentais leur présence, nuit après nuit. Si j'avais fini par m'abandonner au sommeil, nul doute qu'ils m'auraient dévorée, mais je luttais, et avant de sombrer, j'allais me réfugier dans la chambre de mes parents, où je m'endormais paisiblement.

Au bout d'un certain temps (un an, deux ans ?), ces derniers, lassés de mes intrusions nocturnes, eurent l'idée de m'installer dans une autre chambre (la place ne manquait pas) tout au fond de l'appartement, à l'opposé de la porte d'entrée.

Je m'y sentais bien. Il n'y avait qu'une seule porte et mon lit y faisait face.

Je ne sais plus si les monstres m'y avaient suivi, j'avais grandi.

Puis en 1988, j'ai déménagé. Mon père avait été muté dans une autre ville, celle de mes origines.

L'appartement fut vendu à un cardiologue qui désirait un cabinet moderne.

Tout fut remis à neuf. La voûte disparut, le relief des fresques murales, rasé, à la place du carrelage en marbre, du parquet fut posé.

Je quittai la ville de mon enfance.

Je me suis souvent demandée ce qu'étaient devenus les monstres de l'appartement gigantesque. M'avaient-ils suivi dans mon nouveau logis, sûrement trop exigu pour eux ? Je ne crois pas, ils étaient attachés, eux aussi, à l'endroit qu"ils hantaient depuis tant d'années.

Seulement, plus de lits, plus d'enfants, plus d'endroits pour se cacher, un cabinet médical, froid, des gens malades, une salle d'attente, une secrétaire affairée.

Peut-être ont-ils fini par déménager, eux aussi.

Je suis heureuse de les avoir connus, un temps. Ils m'ont tenu compagnie, ont nourri mon imaginaire.

Je ne pense pas qu'ils vivent sous le même toit que moi, aujourd'hui. Ici, les enfants n'ont pas peur, ne sont pas seuls. Ils sont trois et se donnent amour, force, et courage.

 

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14/08/2015

Biojalousie

Repas du soir. Un mari, sa femme, tous deux âgés d’une cinquantaine d’années, discutent en dînant. Ils parlent de l’arrivée d’une jeune et jolie vendeuse au magasin d’alimentation biologique où le couple a l’habitude de s’approvisionner. La femme reproche à son mari, ancien séducteur patenté, de fréquenter plus assidument ce commerce. La conversation est houleuse.

La femme - Je t’assure que si, Georges, j’ai remarqué que depuis qu’elle est arrivée, tu y vas plus souvent que d’habitude.

Le mari - (un peu gêné) Que racontes-tu ? Pas du tout !

La femme - (péremptoire)  Cette semaine, tu y es allé 3 fois.

Le mari - Ah, parce que maintenant, tu comptes le nombre de fois où je me rends chez Biogreen ?

La femme - Non, mais enfin, je me souviens des jours où tu y es allé, c'est-à-dire samedi, mercredi et aujourd’hui.

Le mari -( faussement détaché) Ah, vraiment ? Ma foi, c’est possible. Mais cet après-midi, c’est toi qui m’as demandé d’y retourner parce que tu n’avais pas de tofu soyeux.

La femme - (haussant le ton)  Ingrédient indispensable à la confection du Rogan Josh ! Et qui m’a prié de lui en préparer pour le dîner ?

Le mari, songeur, ne répond pas et regarde son assiette.

La femme -(hors d’elle) Tu ne dis rien ??? Mais je comprends pourquoi tu as eu subitement envie d’un Rogan Josh ! Parce que c’était un prétexte pour sortir acheter du tofu soyeux !

Le mari – (sursautant) Quoi ?! Mais tu divagues Christiane ! Comment est-ce que j’aurais pu savoir qu’il manquait du tofu soyeux ?

La femme -En ouvrant le réfrigérateur.

Le mari :-Sérieusement, tu penses que j’ai besoin d’un prétexte pour aller chez Biogreen ?

La femme - Ces derniers temps, oui.

Le mari -(excédé) Oh, mais tu commences à me fatiguer avec cette histoire de vendeuse ! Tu fais une fixation ridicule sur cette jeune personne.

La femme - Jeune oui, c’est bien le mot et jolie en plus ! Et elle le sait, la garce ! Il n’y a qu’à voir comment elle s’habille. Elle porte toujours des t-shirts qui lui moulent les seins et sans soutien-gorge en plus ! Ne me dis pas que tu n’as pas vu !

Le mari - Je te rappelle que tu ne portes jamais de soutien-gorge non plus. N’est-ce pas toi qui parles sans cesse de l’aliénation de la femme par les sous-vêtements ? « A bas le soutif ! A bas le soutif ! » Tu n’as toujours eu que ça à la bouche. C’est ta devise. Il est possible que ce soit aussi la sienne. C’est peut-être une personne qui aurait aimé vivre à une époque plus libre. Je te rappelle qu’elle travaille dans un magasin d’alimentation biologique et qu’elle est couverte de bijoux ethniques.

La femme - (étonnée) Parce que tu as remarqué qu’elle portait des bijoux ethniques !?

Le mari - Il faudrait être aveugle pour ne pas les voir, ils sont énormes !

La femme - (hurlant)  Tu es bien sûr de parler de ses bijoux ??

Le mari -Tu me fatigues, tiens. Depuis quand va-t-on chez Biogreen ? 10 ans ? Et depuis quand y a-t-on une carte de fidélité ? La beauté d’une quelconque vendeuse n’est pour rien dans ma fréquentation de ce magasin. Et puis tu m’as coupé l’appétit. Je n’ai plus du tout envie de ton Rogan Josh. Je vais me coucher !

18h, le lendemain après-midi. La femme, qui a passé une mauvaise journée,  décide, en sortant de son travail, de faire un détour par Biogreen. Elle se dirige vers l’espace où officie la jeune et jolie vendeuse.

 La femme - (très polie)  Bonjour mademoiselle, j’aurais besoin d’un conseil s’il vous plait.

La vendeuse - Oui, bien sûr, en quoi puis-je vous aider madame ?

La femme - Eh bien, voilà, c’est un peu délicat...c’est pour mon époux.

La vendeuse - (attentive) Je vous écoute.

La femme - (faussement hésitante) Ça me gène un peu quand même… C’est pour un problème de…pour des soucis de… enfin (parlant plus bas)  pour des troubles de… l’érection. Vous n’auriez pas un mélange à base d’huiles essentielles ?

La vendeuse - (professionnelle) Oui, bien sûr, il existe un mélange à base de patchouli, gingembre, pin. Selon des clients, il aurait fait ses preuves.

La femme -(ravie)  Formidable ! Donnez m’en 3 flacons !

La vendeuse -(souriante) Je vous emballe ça. Ça vous fera 45,60 euros, s’il vous plaît. Vous avez la carte de fidélité ?

La femme - (jubilant)  Oui bien sûr, elle est au nom de Mr Georges RAYMOND. RAYMOND : R. A. Y. M. O. N. D. Merci mademoiselle, au revoir !

RIDEAU

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