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07/02/2017

Une année de Lettres sup


16602740_10211789493913326_3127224748668749357_n.jpgSeptembre 1990, bac littéraire en poche, j'entre en classe de Lettres sup, au lycée Giocante de Casabianca, (plus communément appelé "Le Fango"), à Bastia. Bastia, ville de mon enfance, quittée 2 ans auparavant pour Ajaccio. 

Je m'y sens comme un poisson dans l'eau ! Il y a 2 ans encore, j'étais là, dans ce lycée, en classe de 2nde, et j'y retrouve tous les amis qui m'ont tellement manqué. Certains font la même prépa que moi, d'autres, ont loupé leur bac, bref, aucun ne manque à l'appel ! Il faut préciser, qu'au delà de l'attrait des Lettres, ma motivation pour le choix de cette filière, était de revenir à Bastia, peu importe ce que j'y ferai.

Je réside chez ma tante, la sœur de mon père, son époux, et deux de leurs enfants, le troisième étant parti faire ses études à Marseille. C'est la chambre laissée libre par ce dernier que j'occupe. Ma tante est une femme très drôle, mon oncle, une bonne nature, et mes cousins, l'un plus âgé que moi de 3 ans, et l'autre plus jeune de 6 mois, sont adorables. Nous nous entendons très bien. J'ai grandi avec eux, et je les considère comme les frères que je n'ai pas eus. Je suis ravie de les retrouver. 

 Au niveau des cours,  il y a du boulot ! Je m'y attendais un peu, et consens, en bonne feignasse, à faire le minimum syndical pour me maintenir à flot. Un vendredi du mois de décembre, une camarade de classe me demande: "Tu l'as terminée la dissert de philo ?" "Quelle dissert de philo ???" "Celle donnée par le prof en septembre et qui est à rendre lundi !!!!" 

Damned. 25 pages sur "La sagesse est-elle de ce monde ?" à faire en un week-end, la tâche s'annonce ardue. J'épargne les détails de ces deux jours et deux nuits de travail forcené, mais que l'on sache que j'ai obtenu la note de 9 sur 20. Et ce durant trois trimestres. 

J'ai choisi l'option "lettres", il me faut donc parler ici de Mademoiselle Catherine Daniélidès, professeur(e) de français-latin-grec. Jolie femme, âgée d'une quarantaine d'années, teint d'albâtre, cheveux de jais, yeux ourlés de khôl, elle porte, invariablement, d'élégantes robes drapées et immaculées, qui s'apparentent davantage à des toges. Grandiloquente, elle semble déclamer des vers même en disant "Allez donc cracher votre chewing-gum." Passionnée par tout ce qu'elle fait, elle nous transmet l'amour des œuvres que nous étudions, ainsi que quelques rudiments de grec ancien. (J'ai appris par la suite, qu'elle avait épousé un plombier.)

Mais à vrai dire, les cours, je m'en fiche un peu, je n'ai aucun désir de tenter le concours de Normal Sup (je suis lucide sur mon niveau et sur ma capacité de travail), et donc, de poursuivre en khâgne (d'autant plus que l'année ne s'effectue pas à Bastia); une équivalence pour continuer en 2ème année de Lettres modernes me conviendra très bien. Je le dis sans détour, ce sont les garçons qui m'intéressent. J'ai 18 ans, davantage confiance en moi que 2 ans auparavant, et compris quelques trucs durant mon séjour à Ajaccio, capitale mondiale de la superficialité et de la mode, après Paris et Milan, sur l'art de se mettre en valeur. J'ai un certain succès auprès de la gent masculine, notamment dans ma classe (je le dis sans aucune prétention, après les années de "loose" du collège) et compte en profiter. 

L'année se passe très bien. Dans la journée, en dehors des cours, je me promène avec mes amis sur la place St Nicolas, et sur le boulevard Paoli, y croise ma tante qui profite de mon absence pour m'emprunter mes vestes et mon maquillage ("C'est pas ta tante avec ton blaser bleu, là ??") y boit des chocolats chauds et y mangent des crêpes.  Le soir, avec un de mes cousins, nous refaisons le monde jusqu'à pas d'heures, nous endormant sur le lit de l'un, ou de l'autre. Ma tantine vient alors nous réveiller pour que nous regagnions, titubant de fatigue, nos lits respectifs. De temps à autre, je me dis que je ferais bien de ranger ma chambre, où règne un désordre indescriptible, mais après une visite faite à celle de ma tante, je décide que la mienne peut bien attendre encore un peu. La nuit, je suis régulièrement réveillée par le bruit de livres, cassettes audio, et autres objets, qui tombent de mon lit lorsque je bouge. 

La belle vie, quoi.

Mon "petit" copain est dans ma classe. J'ai fait mon choix parmi deux "soupirants" plus assidus que les autres, et préféré celui, plus timide, plus intéressant surtout, qui mesure 1,93 m, soit 35 cm de plus que moi, à celui, très sûr de lui, issu de la bourgeoisie bastiaise, qui pensait que "c'était du tout cuit dans le bec". Parfois mon petit ami porte un bonnet surmonté d'un gros pompon. Ah, quel couple assorti nous avons dû former. Comme nous étudions Les liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos, nous entretenons d'importants échanges épistolaires. 

L'année scolaire se termine, les examens sont obtenus, et le jeune homme et moi nous séparons. Chacun rentre chez soi. L'abus de citations des Liaisons dangereuses dans une correspondance, ne donne jamais rien de bon dans une relation. Ce n'est pas ma faute. 

Dans cette classe, la plupart des personnes sont devenues des enseignants, on note tout de même un archéologue. Ouf !

Tout cela s'est passé il y a plus d'un quart de siècle, il me semble, évidemment, que c'était hier en revoyant les photos des coupures de presse qui m'ont décidée à écrire cette note. Histoire de ne pas oublier. Sur les clichés, de tout jeunes adultes en devenir, écoutent avec attention les questions, les interventions de leur professeur et de leurs camarades. A quoi songent-ils vraiment ? Je sais pour ma part, quelles étaient mes pensées, au moment où le photographe décida de faire un gros plan sur moi (sans doute a-t-il aimé ma chemise):

" Oh punaise, pourvu que je ne sois pas trop mal coiffée !" 

 

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